Commençons tout d’abord par les présentations!

Je me prénomme César, suis artiste péruvien et réside en France depuis de nombreuses années…

En ce 31 octobre, je ne vais pas vous parler de la fête d’Halloween, mais d’un événement beaucoup plus festif qui me tient particulièrement à cœur: la Fête de la chanson criolla au Pérou.

Bien qu’elle ne représente pas la culture péruvienne dans sa globalité, la musique « criolla » constitue un élément fort de notre culture et de notre identité et par conséquent mériterait une plus large diffusion. Conscient de ce besoin, j’avais entrepris depuis l’année dernière de réaliser et de participer à diverses activités dans le but de faire connaitre la musique créole (musique « criolla ») et afro-péruvienne en Europe, en commençant par la ville dans laquelle j’habite, Bordeaux.

C’est ainsi que le 31 octobre 2014, j’organise pour la première fois la célébration de la Fête de la chanson criolla au Consulat du Pérou à Bordeaux, avec la participation de musiciens et de danseurs professionnels et amateurs. Cette année, à l’occasion de la célébration annuelle de la chanson criolla péruvienne du mois d’octobre, l’idée était de diversifier les activités, les lieux et d’élargir les domaines artistiques au-delà de la musique et de la danse. Une première activité a été la réalisation d’un flashmob de cajón* afro-péruvien (*instrument phare de la musique criolla décrit plus bas) et de festejo (c’est la première fois que cela se fait à Bordeaux) le 17 octobre dernier sur une place centrale du centre-ville de Bordeaux. Fait anecdotique mais qui révèle l’heureuse appropriation du cajón par les français: sur les 14 percussionnistes, nous n’étions que 2 péruviens! 🙂

Deux jours après, ce fut une activité consacrée à la musique afro-péruvienne organisée par l’université de Bordeaux Montaigne. Celle-ci consista en la projection du documentaire sur le cajón péruvien Ritmos negros del Peru, suivie d’une conférence du réalisateur Ugo Massa et d’un récital de musique afro-péruvienne. Pour conclure les activités du mois d’octobre, j’organise aujourd’hui pour la deuxième année consécutive la célébration de la Fête de la chanson criolla au Consulat du Pérou. Au programme, une exposition photographique sur le thème de la chanson criolla, une démonstration de cajón et de danse afro-péruvienne, ainsi qu’un concert de musique criolla!

 

L’influence africaine dans la musique criolla

Quelques mots d’Histoire pour mieux comprendre les origines africaines de la musique criolla.

Lorsque les conquistadors espagnols arrivent en Amérique, ils amènent avec eux des maladies jusque là inconnues pour les amérindiens telles que la grippe et la varicelle. Ceci eut comme conséquence tragique la disparition de milliers d’indigènes, ce qui obligea les Espagnols à importer une nouvelle main d’œuvre en provenance d’Afrique.

Mobilisés pour le travail domestique et agricole et pour les travaux publics, les premiers esclaves noirs arrivent au Pérou vers 1528 avec les premiers conquistadors et s’installent de préférence sur la côte.

Ils se divisent essentiellement en deux groupes, les « bozales » et « criollos ». Le terme bozal (muselière) servait à désigner les esclaves noirs nés en Afrique car on disait qu’ils parlaient comme s’ils portaient une muselière et avec une voix caverneuse, tandis que criollo, ou créole en français, celui qui était né en Amérique. En même temps, le mot criollo servait à désigner les descendants d’Espagnols ou Européens nés en Amérique pour les différencier des indigènes. Sur la côte péruvienne tout particulièrement, s’initie un long processus de métissage et de syncrétisme culturel entre les Espagnols, les noirs africains et les indigènes ce qui explique la diversité culturelle encore visible aujourd’hui au Pérou. L’implantation et l’adaptation de ces nouvelles cultures aboutissent dans la construction d’une identité socioculturelle nouvelle  ainsi que dans des nouvelles formes d’expression.

De nos jours, au Pérou, le mot criollo désigne une appartenance culturelle plus qu’une origine ethnique ou sociale.

Dès la deuxième moitié du XIXème siècle, sous la dénomination de « musique criolla » se réunissent divers genres de la côte caractérisés par leurs influences européennes et africaines telles que la valse, la marinera, le tondero, le festejo, le lando, etc.  En 1944, le président Manuel Prado Ugarteche proclame le 31 octobre de chaque année à venir comme Fête de la chanson criolla.

La musique afro-péruvienne

Dépourvus de leurs instruments de musique lors de leur arrivée sur le continent américain, ces esclaves commencent à détourner des objets du quotidien. Instrument phare de la musique criolla, le cajón, apparait en tant que substitut des tambours africains. Il a été conçu à son origine à partir de caisses en bois utilisées pour emballer les marchandises. La cajita, instrument en bois que l’on joue en tapant dessus avec un bâton, a été fabriquée à partir des boites à offrandes des églises et la quijada à partir d’une mâchoire d’âne.

 

Les danses d’origine africaine, quant à elles, étaient qualifiées d’indécentes, d’immorales, d’obscènes et de lascives et donc constamment interdites ou censurées par la classe dominante. Ce n’est qu’à partir de la fin dès années cinquante et plus concrètement pendant les années soixante que le folklore afro-péruvien bénéficiera d’une revalorisation.

Les genres afro-péruviens

Parmi les genres afro-péruviens, le festejo est celui qui a connu le plus de succès commercial à cause de ses rythmes festifs. Sa danse a été reconstituée par le musicien et danseur Porfirio Vasquez à partir de mouvements d’autres danses festives similaires.

Le landó est un genre dont le nom est dérivé du londu ou lundu, danse d’origine africaine observée pendant la Période Coloniale, et dont l’accompagnement à la guitare et au cajón a été reconstitué lors d’un enregistrement de 1964.

L’alcatraz reprend le rythme et les pas de base du festejo auxquels se rajoute une chorégraphie dans laquelle l’homme tient une bougie et poursuit sa partenaire qui a un morceau de papier accrochée à sa taille. Par des mouvements gracieux, elle cherche à éviter que l’homme allume le morceau de papier, mettant ainsi en scène une métaphore de la séduction.

Retrouvez ci-dessous quelques extraits de musique criolla et vibrez au son du cajón péruvien!

Les plus grands succès d’Eva Ayllón, icône de la musique afro-péruvienne:

 

Pisko rend hommage à deux grandes figures de la musique criolla, Arturo « Zambo » Cavero et Óscar Avilés:

 

El alcatraz, Victoria Santa Cruz:

 

Crédit photo de couverture: YouTube, Pisko – Arturo y Oscar